Et un jour, j’ai tenu à avoir un autre positionnement. De la difficulté de parler des « cultures noires » en France.

En 2011, je me demandais quel nom pourrait refléter au mieux mon envie de faire référence au continent africain, et à ses histoires avec les autres continents, son rayonnement dans le monde… Comment les communautés afro-descendantes se sont-elles constituées à travers les époques avec cet héritage du continent africain?

En gros, comment le continent africain parle t-il au monde et comment son imaginaire résonne t-il aujourd’hui?

Au départ, je n’avais pas prévu de faire un blog: je préparais mon projet de galerie commerciale en ligne, plateforme sur laquelle artistes issus du continent africains vendraient leurs oeuvres d’art.
« African links »: « African » pour signaler la thématique principale, à savoir l’art contemporain et la culture vus sous un prisme afro-centré. « Links » pour tous ces liens vers lesquels j’oriente mes lecteurs à la fin de chaque articles dans l’encart « En + »; puis pour ces interactions qui parte de l’Afrique vers les Amériques, l’Europe, les Caraïbes, l’Asie… Ainsi, écrire un article sur un artiste cubain, noir américain, ou encore une exposition d’artistes chinois à Dakar, ne me semblait pas hors sujet.
Ce projet de plateforme s’est peu à peu mué en un blog personnel qui m’a permis d’écrire pour des magazines papier et de faire des chroniques télévisées.

De jeux-concours en jeu-concours à l’option de l’entreprenariat – qui me faisait les yeux doux depuis un petit moment- l’idée de la Nooru Box m’est venue.
Je ne voulais pas me restreindre au continent africain dont la réalité des cultures des 54 pays peut m’échapper, étant née et ayant grandi à Paris.

Convoquer le terme « cultures noires », au pluriel me semblait plus judicieux que « cultures africaines ». J’ai échangé durant de longs débats avec des personnes de mon entourage, qui étaient d’accord et approuvaient, et d’autres qui ne se reconnaissaient à travers ce terme.

Par cultures noires, je fais une référence à « l’Atlantique noir » de Paul Gilroy, à la Revue du Monde noir de Paulette Nardal et Leo Sajous, ou encore les références incessantes à l’Afrique de l’Harlem Renaissance…
Penser en termes de diasporas historiques, afin d’appuyer les sélections de la Nooru Box.
Cela passe mal… Certaines sollicitations restent sans réponse. Un silence qui ne laisserait même pas entendre une porte se fermer.

« Cultures noires, ça bloque… »  » Ce n’est pas un langage marketing », « Cultures noires, on a du mal »….  Paradoxalement, parler de « musique noire » ou de « Black Music » passe mieux. On se souvient encore de l’exposition Great Black Music .

Par rapport à mon identité, je me vois avant tout en tant que noire, car c’est ma couleur de peau qui motive les plus curieux à me poser les questions magiques : « Vous venez d’où? » ou « Vous êtes originaire de quel pays? ».
Avant d’avoir des origines ivoiriennes, je me vois en tant que femme noire dans cette société française. D’où le besoin de créer une marque qui reflète en partie mes convictions et mes connaissances; une marque qui comble un besoin de savoir que j’ai ressenti étant plus jeune et que ressens encore aujourd’hui.

Nooru Box est un coffret dédié aux cultures noires, une box culturelle, tout simplement et  accessible à tous, sans distinction de couleurs de peau, d’origine ethnique, de sexe, de CSP…

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Retour sur l’article de Jeune Afrique (Juillet 2017)

J’étais tellement ravie de découvrir cette parution dans Jeune Afrique, un lundi soir de juillet. Après avoir reçu un sms de la journaliste qui m’a interviewée, je cours au kiosque le plus proche à Montparnasse avant mon cours de sport. Un grand sourire aux lèvres, je demande « Le Jeune Afrique s’il vous plaît! Je crois que je suis dedans. » Le marchand de journaux me répond que je pourrais trouver rapidement un fiancé avec cet article. (rires)
J’y découvre le portrait en noir et blanc de Cyrille Choupas, et l’interview dans laquelle je me reconnais.

cultures noires nooru box

Dans cet article j’affirme que « Se revendiquer de l’art contemporain africain est un danger pour les artistes eux-mêmes. Il faut pouvoir les inscrire dans des sphères plus universelles. »

Je m’explique:

Pourquoi? Cela peut paraître paradoxal, mais tout simplement parce que de l’Ethiopie à l’Afrique du Sud, en passant par la République Démocratique du Congo ou encore le Ghana ou l’Afrique, le continent africain est pluriel.

A plusieurs reprises, j’ai rencontré de nombreux artistes qui refusaient cette étiquette d' »artistes africains »: « Je suis artiste. Point. » Une étiquette très souvent associée à un folklore non maîtrisé et un autodidactisme relevant du mystique…
Parler d’ « art africain contemporain » ou d’ « art contemporain africain » semble effectivement une formule qui adhère de moins en moins à la surface d’une globalisation culturelle qui bat son plein aujourd’hui.

Comme le dit Okwui Enwezor, il existe plusieurs mondes de l’art qui convergent vers un même système. Et aujourd’hui, ce monde de l’art contemporain « africain » s’approche de plus en plus de ce système de l’art, et de ses schémas institutionnels (galeries, foires, expositions grand public…), qui eux mêmes se mettant en place, tissent un nouveau réseau parallèle à celui du monde africain de l’art contemporain.
Nous avons alors, un monde de l’art « africain », un système de l’art global et un réseau parallèle, qui sert de zone tampon, voire de passerelle entre les deux.

Il s’avère alors dommage que ce monde de l’art ci ne poursuive son développement qu’en marge, et sans chercher à s’inscrire dans l’universalité du même système.

Cela signifierait à se poser les questions suivantes: comment le schéma institutionnel d’une biennale se déploie t-il dans le monde africain de l’art? Comment une foire se déroulant sur le continent africain est-elle en phase avec ce système de l’art? Ou encore comment aborder l’art issu du continent africain d’un point de vue universel?

L’acquisition des oeuvres de certains artistes issus du continent africain par de grands musées internationaux permet d’écrire de nouveaux récits. Cependant, cela reste à double tranchant: de nouveaux récits se doivent également d’être écrits sur le continent même, avec ces acteurs en écho à la globalisation.

 

A lire

Art : la blogueuse et entrepreneuse ivoirienne Virginie Ehonian met les cultures noires à l’honneur

 

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